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Les particularités pathologiques de l’âne (1) : affections digestives, respiratoires et oculaires les plus fréquentes

L’âne est un équidé et il peut donc souffrir des mêmes affections que le cheval. Mais il présente aussi quelques particularités. La première d’entre elles est sa façon d’exprimer la douleur : alors que le cheval est très expressif dans sa souffrance, l’âne douloureux reste prostré, apathique et anorexique. La seconde est que l’âne est souvent moins bien suivi médicalement que le cheval ; s’il est mal vacciné, mal vermifugé, nourri avec des aliments trop grossiers ou une ration inadaptée, cela peut avoir des conséquences sur sa santé. 

En ce qui concerne les traitements, ils sont souvent établis par extrapolation de ceux des chevaux. Il y a rarement des études spécifiques faites chez les ânes.

Voici les affections digestives, respiratoires et oculaires les plus fréquentes chez l’âne (liste non exhaustive) et les différences qui peuvent exister avec le cheval. Nous verrons dans une seconde fiche les pathologies uro-génitales, cutanées, locomotrices et infectieuses.

Pathologie digestive

L’âne, considéré comme un animal rustique, est souvent nourri avec des aliments trop grossiers. De plus, ses dents font rarement l’objet de soins réguliers.

  • L’âne héberge dans son estomac et ses intestins les mêmes parasites que le cheval : petits et grands strongles, Oxyuris equi, Parascaris equorum, Strongyloides westeri, cestodes, spirures… Si les mesures de vermifugation sont insuffisantes, une infestation parasitaire très importante peut entraîner un amaigrissement extrême et des prolapsus rectaux. Il est essentiel d’établir, avec l’aide de votre vétérinaire, un plan annuel de vermifugation (date, vermifuge employé, dose) adapté au mode de vie de votre âne, à son âge, au niveau d’infestation, au mode d’alimentation, à son activité et à vos moyens financiers. Le nombre moyen de vermifugation est théoriquement de 4 par an, à chaque changement de saison, mais il peut être diminué ou augmenté en fonction des risques et du résultat des coproscopies.
  • L’impaction ou « colique de paille » est la cause la plus fréquente de coliques chez l’âne. Elle correspond à une accumulation de fourrages dans les intestins, souvent au niveau d’une courbure du côlon replié (ou courbure pelvienne), qui provoque un blocage mécanique du transit digestif. Elle est souvent due à une douleur dentaire et/ou à une alimentation trop grossière (fourrages très secs par exemple) qui entraînent une mastication insuffisante. Un défaut d’abreuvement peut également être mis en cause.
  • L’hyperlipémie est fréquente chez les ânes (et les poneys). Elle est due à un déficit énergétique (déséquilibre entre les apports et les besoins en énergie) et se caractérise par une hypertriglycéridémie, c’est-à-dire une augmentation du taux de triglycérides dans le sang, et une infiltration graisseuse du foie, des reins, parfois du cœur et des muscles. Cette affection est rarement primaire : elle survient plutôt suite à un jeûne prolongé ou à une autre maladie. Les symptômes sont assez frustres : abattement, léthargie, perte de poids, anorexie et adipsie, faiblesse pouvant aller jusqu’au décubitus (l’âne reste couché). Le transit digestif est ralenti, les crottins sont secs. Un ictère (jaunisse) est parfois visible. Le diagnostic de certitude est apporté par le dosage de la concentration en triglycérides dans le sang. Le traitement consiste à apporter du glucose par voie intraveineuse et à réalimenter l’âne de façon progressive et fractionnée. Le pronostic est souvent réservé.
  • La fibrose hépatique est une atteinte chronique du foie, cause fréquente d’amaigrissement chez l’âne âgé. Elle correspond au remplacement progressif du tissu hépatique fonctionnel par du tissu fibreux. Lorsque 60 à 80 % du foie est atteint, des symptômes d’insuffisance hépatique chronique apparaissent : amaigrissement, diminution de l’appétit voire anorexie… On peut également noter parfois des troubles nerveux, un ictère (coloration jaune des muqueuses), un œdème en région déclive (au niveau des membres et sous le ventre). Il n’existe aucun traitement efficace de la fibrose du foie. En début d’évolution, il est possible de soutenir la fonction hépatique par des médicaments ou des compléments alimentaires hépato-protecteurs.

Pathologie respiratoire

Les troubles respiratoires sont peu fréquents chez l’âne et ont peu de conséquences car il est rarement utilisé conne un animal de sport à qui on demande de gros efforts physiques. En revanche, en cas d’affection respiratoire, les surinfections (bronchites) sont fréquentes.

  • L’âne peut être porteur sain et asymptomatique d’un ver parasite dans les bronches (Dictyocaulus arnfieldi). En revanche, ce parasite est pathogène pour les chevaux qui seraient en co-pâturage avec l’âne. Pour limiter les risques de contamination, les ânes parasités doivent être détectés (par coproscopie) et traités par un vermifuge classique.
  • La grippe est due au même virus que pour le cheval (la transmission entre les deux est donc possible) et se manifeste de la même façon. La vaccination des ânes est obligatoire pour les rassemblements et les transports ; le vaccin utilisé est le même que pour les chevaux.
  • La rhinopneumonie est une infection virale et contagieuse, due à un herpèsvirus. Neuf herpèsvirus ont été décrits chez les équidés. Les herpèsvirus équins 1 à 5 (EHV-1 à EHV-5) infectent les chevaux, les EHV-6, EHV-7 et EHV-8 infectent les ânes et l’EHV-9 infecte la gazelle et le zèbre. Les ânes peuvent être porteurs des EHV-1 et EHV-4 sans exprimer les symptômes de la maladie ; ils jouent alors le rôle de réservoir de virus, ce qui représente un risque pour le cheval. En revanche, les ânes sont atteints par des herpèsvirus EHV-6, EHV-7 et EHV-8 (quelquefois appelés herpèsvirus asins 1, 2 et 3), qui provoquent une forme de trachéo-bronchite similaire à la forme respiratoire de la rhinopneumonie du cheval. La vaccination contre la rhinopneumonie, même si les souches virales qui touchent les ânes ne sont pas tout à fait les mêmes que celles qui touchent les chevaux (et donc que les vaccins « chevaux » protègent un peu moins bien les ânes), est fortement conseillée lorsque les ânes sont au contact de chevaux, pour les ânesses qui vont à la reproduction chez des étalonniers avec des étalons et des baudets et lorsque les effectifs sont importants (au-delà de 5-6 ânes).
  • La fibrose pulmonaire idiopathique ou pneumonie interstitielle chronique fibrosante est une affection fréquente chez l’âne. Elle est caractérisée par la formation de tissu fibreux cicatriciel dans les poumons. Son origine reste inconnue, même si on soupçonne une origine virale. Elle se manifeste par une accélération de la fréquence respiratoire et une difficulté à respirer, surtout à l’inspiration : les naseaux sont dilatés. Le traitement consiste à soutenir le poumon encore fonctionnel et à freiner l’évolution de la fibrose dans le poumon lésé. Les surinfections bactériennes sont fréquentes.
  • Le collapsus trachéal n’est pas rare, surtout chez les ânes âgés. Il correspond à un affaissement ou un écrasement des anneaux cartilagineux qui soutiennent la trachée et se manifeste par des difficultés respiratoires. Il est possible d’intervenir chirurgicalement pour poser un « stent », c’est-à-dire une prothèse tubulaire qui maintient la trachée ouverte, mais les complications sont nombreuses et le taux de réussite assez variable.

Pathologie oculaire

Les affections oculaires sont fréquentes chez l’âne qui vit au pré le plus souvent et dont l’œil est assez exposé aux agressions extérieures. Attention, face à un « œil rouge », il faut établir un diagnostic précis et ne pas utiliser n’importe quel collyre.

  • La conjonctivite est une inflammation de la conjonctive, membrane muqueuse transparente qui tapisse l’intérieur des paupières et la sclère (le « blanc de l’œil »). Elle est principalement d’origine traumatique (irritation causée par la poussière, le vent, les pollens…), infectieuse (virus, bactéries, mycoses…), plus rarement allergique. Elle se caractérise par une rougeur de la conjonctive, des sécrétions séreuses ou muqueuses au coin de l’œil. Le traitement est en général assez simple (collyres ou pommades antibiotiques et anti-inflammatoires) et donne de bons résultats.
  • Les kératites sont des inflammations de la cornée. Elles sont fréquentes chez l’âne et surviennent généralement suite à un traumatisme de la cornée, même minime : des germes pathogènes colonisent la cornée et créent une infection. Dans cette espèce, elles sont essentiellement d’origine mycosique (aspergillose, candidose, cryptococcose…). Les kératites bactériennes ou virales sont plus rares. Un traitement (pommade antimycosique ou antibiotique) doit être mis en place le plus rapidement possible, pour éviter les complications de type kératite ulcéreuse ou abcès de la cornée.
  • Un ulcère cornéen correspond à une perte de substance (lésion « en creux ») à la surface de la cornée. Il fait souvent suite à un traumatisme, mais il peut également être lié à la présence d’un corps étranger ou à une irritation, par exemple une verrue sous la paupière, qui vient frotter sur la cornée à chaque clignement de paupière. L’ulcère cornéen est très douloureux. Il se manifeste généralement par un œil rouge et un blépharospasme, c’est-à-dire que l’âne tient ses paupières fermées. Un ulcère superficiel cicatrise en 3-4 jours. Une complication très fréquente étant la surinfection par des bactéries ou des champignons microscopiques, le traitement repose d’emblée sur l’administration d’antibiotiques, d’antalgiques et de cicatrisant.